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La fin des privilèges des banques traditionnelles

L’environnement de l’activité des banques traditionnelles a été bouleversé pour au moins quatre raisons :

1- La désintermédiation du financement de l’économie au profit des marchés de titres négociables.

La désintermédiation prive les banques traditionnelles d’une part de leur fonds de commerce. Dans de nombreux pays, la part du financement de l’économie passant par les marchés de titres négociables s’est accrue. Les grandes entreprises et l’Etat ont été les principaux responsables de ce redéploiement du financement. Les banques y ont perdu une part de volume d’activité auparavant généré par leur clientèle de grandes entreprises (crédits à faible marge mais peu risqués).

Pour ces dernières, crédits bancaires et émission de dette négociable sont désormais étroitement substituables, au gré des conditions respectives d’emprunt sur ces deux segments de marché. Les banques de dépôt se sont ainsi trouvées en concurrence frontale avec les « investment banks » et maisons de titres, acteurs traditionnels des marchés de titres négociables.

2- Les poids croissant des acteurs privés obéissent désormais essentiellement à une logique de profit.

Des banques plus préoccupées par des considérations de rentabilité. La fin des années 80s est marquée par le début de la vague des privatisations de nombreuses banques (ou caisses d’épargne) en Europe occidentale. Aux Etats-Unis, puis dans les autres grands pays industrialisés, les performances des banques sont de plus en plus analysées par leurs actionnaires, investisseurs institutionnels (fonds de pension, compagnies d’assurance).

Les couples risque rendement autrefois caractéristiques de la majorité des banques, notamment les banques publiques, ne sont plus de mises. La poursuite d’un taux de rendement sur fonds propres élevé devient prioritaire. Le modèle de la « banque dividende » prédominant dans le monde Anglo-Saxon tend à s’imposer au détriment de celui de la « banque relationnelle » d’Europe continentale.

3- L’ouverture internationale croissante des systèmes financiers nationaux.

Des systèmes bancaires de plus en plus ouverts et extravertis. L’abolition des contrôles des changes et des dernières restrictions (années 80s dans les grands pays industrialisés) aux flux internationaux de capitaux. Les obligations associées au fait d’être membre de l’OMC et / ou d’un espace économique régional (Union Européenne) contraignent désormais les pays à ouvrir leur système bancaire et financier aux acteurs étrangers.

De nombreux pays deviennent soucieux d’édifier une véritable industrie bancaire et financière à vocation internationale dans le cadre de leur stratégie de développement (Singapour, Luxembourg). Les grands pays industrialisés se préoccupent aussi de plus en plus de la compétitivité de leurs banques et autres acteurs financiers sur à scène internationale. Cela les conduit parfois à des déréglementations compétitives de leur système bancaire.

4- L’émergence d’une réglementation surveillance à vocation internationale en liaison avec cette ouverture.

Ce qui tend à égaliser les conditions de concurrence. Les crises financiers et bancaires internationales ou domestiques se multiplient à partir des années 80s (crise Mexicaine de 1982, crise des caisses d’épargne Américaines de 1986, crise Scandinave de 1992 – 1993, crise financière et bancaire Japonaise de la décennie 90, crise financière russe de 1998, crise Argentine de 2001, etc).

La seconde moitié des années 80s est marquée par les premières tentatives de coordination de la réglementation surveillance des grandes banques internationales. Celles-ci sont le fait essentiellement du comité de Bale de la banque des règlements internationaux. Elles ont pour but de renforcer la sécurité (problème de risque systémique) du système bancaire mondial, tout en égalisant les conditions de concurrence entre grandes banques issues de différents pays.

La mesure la plus significative est le Ratio Cooke, institue en 1988. C’est un Ratio de fonds propres qui pondère les divers actifs bancaires en fonction de leurs risques respectifs et distingue deux types de fonds propres « Tier One » et « Tier Two », fixé à 8%, il a été progressivement adopté dans plus d’une centaine de pays. Il sera remplacé en 2006 par le Ratio Mac Donnough qui pondère les risques de manière plus fine et prend en compte les éléments de hors bilan qui jouent désormais un rôle crucial dans les activités bancaires. Il faut aussi tenir compte de l’adoption généralisée des normes comptables internationales IFRS dans l’égalisation des conditions de concurrence entre banques de pays différents.

Un environnement de plus en plus concurrentiel et incertain, catalyseur de stratégies parfois fluctuantes. Les années 90s sont marquées par le début d’un vaste mouvement de restructuration de l’industrie bancaire à l’échelle mondiale. Les banques soucieuses de leur succès, sinon de leur survie sont contraintes d’élaborer des stratégies de plus réactives compte tenu des incertitudes de l’environnement macroéconomique et concurrentiel.


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